Passionné d'aventures en montagne depuis mon plus jeune âge, je vous propose de découvrir ce site internet dédié à mes périples en altitude. Vous y trouverez les récits, photos, et vidéos de toutes les ascensions que j'ai réalisées à ce jour dans le monde entier.
PICO DO FOGO (2829 m) - Traversée
Février 2025 - Fogo, Cap-Vert
Le Pico do Fogo est un stratovolcan situé sur l'île de Fogo, dans l'archipel du Cap-Vert, au large des côtes d'Afrique de l'Ouest. Avec 2829 mètres d'altitude il est le point culminant du pays, et également le second plus haut sommet de Macaronésie après le Teide. C'est un grand cône rocailleux placé en haut du volcan bouclier dont l'île de Fogo constitue la partie émergée. La montagne s'élève à l'intérieur de la caldeira de Chã das Caldeiras, large de neuf kilomètres, dans laquelle des cratères se sont ouverts au fil du temps et des éruptions.
Il y a 73 000 ans un gigantesque glissement de terrain a provoqué un mégatsunami de 170 mètres de haut qui a essentiellement frappé l'île voisine de Santiago. C'est depuis cette date que le Pico do Fogo a commencé de croître et de remplir la caldeira.
La dernière éruption remonte à 2014. Cette année-là des coulées de lave déferlèrent dans la caldeira, détruisant le petit village de Portela. C'est d'ailleurs ce qui fait la réputation du Pico do Fogo, puisqu'il s’agit d’un des rares volcans actifs dans le monde à être habité. Ce décor singulier attire chaque année de nombreux randonneurs, qui effectuent l'ascension en montant par le versant nord, aride mais dépourvu de difficultés techniques. Il est ensuite possible de descendre par le flanc sud-ouest, en se laissant glisser dans les scories.
Galerie photos
Jour 1 : Bem-vindo a Cabo Verde !
Récit de l'expédition
Il fait nuit noire lorsque nous atterrissons à Praia - "plage" en français -, la capitale du Cap-Vert. Cette ville, la plus peuplée du pays, est située sur l'île de Santiago, qui est la plus grande des 9 îles de l'archipel et qui abrite plus de la moitié de la population cap-verdienne. Nous prenons possession de notre voiture de location puis nous filons vers le cœur de Praia. Nous posons un regard curieux, comme toujours lorsqu'on débarque dans un nouveau pays, sur le décor qui nous entoure. Les habitations sont tantôt accrochées sur le flanc de vallées, tantôt posées sur des plateaux surélevés qui prennent le nom d'achadas. Nous rejoignons notre hôtel qui est placé en bord de mer, dans l'achada de Santo António, face à la baie de Gamboa composée d'un port et d'une vaste plage.
Barques colorées à Cidade Velha
Ce qui est bien moins reluisant, c'est qu'elle fut aussi un carrefour dans la traite négrière. En témoigne ce pilori utilisé autrefois par les esclavagistes, encore visible sur la place principale avec sa colonne de marbre de style manuélin. Comment peut-on commettre de telles abominations dans un si bel endroit ?
Après une nuit réparatrice nous partons explorer l'ancienne capitale, Cidade Velha, située à quelques kilomètres. Fondée en 1462 par les Portugais sous le nom de Ribeira Grande, elle fut la première ville coloniale construite par les Européens sous les tropiques. Elle se développa ensuite en tant qu'escale sur les routes commerciales maritimes, et conserve d'ailleurs une partie de son tracé viaire et d'importants vestiges, dont deux églises et une forteresse royale.
Nous nous baladons dans les ruelles pavées au milieu des habitations colorées, sans but précis, simplement pour s'imprégner de l'atmosphère de cette vieille cité ouverte sur l'océan Atlantique, seul site cap-verdien à être inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Nous visitons le centre culturel qui vend des produits issus de coopératives. Enfin, nous nous dirigeons vers un restaurant en bord de plage afin de goûter aux spécialités locales, à base de poisson, forcément.
Jour 2 : Ascension du Pico da Antónia (1394 m)
Au centre de l'île de Santiago se dresse fièrement son point culminant, le Pico da Antónia. Son sommet très escarpé découpe l'horizon et sa face orientale, verticale sur plusieurs centaines de mètres, tranche avec les reliefs alentours. Son ascension est donc un joli défi qu'il nous tarde de relever.
Nous reprenons la route de Praia, et avant que cette belle journée ne touche à sa fin nous nous rendons sur la plage de Prainha, l'une des plus belles de l'île. La baignade y est fort rafraîchissante mais le vent soutenu a tendance à soulever le sable et à nous gifler le visage, ce qui est quelque peu désagréable !
Il nous faut tout d'abord rejoindre le point de départ de la randonnée, à proximité du village de Rui Vaz. Un trajet relativement court, mais dans un pays avare en panneaux indicatifs nous devons faire une confiance aveugle à Google Maps pour nous conduire à destination. Et mal nous en prend, car le réseau routier se dégrade au fur et à mesure des kilomètres. Nous nous retrouvons sur des routes secondaires, puis sur des routes pavées, et enfin sur des chemins en terre de moins en moins carrossables... Nous voilà bien mal embarqués ! Nous commençons à craindre un incident mécanique qui aurait de fâcheuses conséquences dans un coin aussi reculé. Alors, jugeant que c'en est trop pour nos nerfs et pour notre petit véhicule de tourisme, nous faisons sagement demi-tour.
Nous voilà de retour à Praia. Cette petite mésaventure nous a fait perdre deux heures mais notre motivation reste intacte. Seconde tentative donc, cette fois en empruntant la EN1-ST01, la route principale qui traverse toute l'île de Santiago. Nous roulons jusqu'à São Domingos puis bifurquons à gauche en direction de Rui Vaz. Une jolie route pavée nous conduit à ce charmant village aux maisons éparses, perchées sur les hauteurs. Quelques virages encore et nous garons notre voiture en contrebas du Monte Tchota (1041 m), sur lequel se trouve un centre de télécommunications farouchement gardé par l'armée.
L'escarpé Pico da Antónia, vu depuis son antécime sud
Notre randonnée peut enfin débuter ! Nous contournons les installations militaires et filons vers le sud-ouest, le long d'une crête facile. Le panorama est déjà sublime et nous bénéficions d'une vue dégagée sur le Pico da Antónia, crevant le ciel cap-verdien. Un peu plus loin nous atteignons le Monte Gamboa (1099 m). C'est là que j'émets de sérieux doute : le sentier devient très ténu et il descend vers l'est, c'est-à-dire à l'opposé complet de notre objectif du jour... Un rapide coup d'œil sur l'appli "Maps Me" - très pratique, soit-dit en passant - et c'est confirmé : nous faisons (encore) fausse route ! Marche arrière donc, jusqu'aux antennes du Monte Tchota, afin de retrouver le bon itinéraire.
Nous commençons par perdre un peu d'altitude en forêt. Le balisage est très discret, voire inexistant. Puisqu'il y a plusieurs bifurcations, mieux vaut donc être équipé d'une cartographie en ligne. Nous contournons par le sud les parois du Fundo de Monti afin de rejoindre les abords de la Riba Achada, un large col. Un panneau indique le sommet à seulement 45mn, ce qui me semble très ambitieux. Le chemin quitte la forêt et se poursuit à flanc dans un paysage ressemblant à une savane. Plus loin nous rejoignons un épaulement caractéristique, à environ 1000 mètres d'altitude.
La marche d'approche est terminée. Désormais nous attaquons la grande montée finale. Il faut changer de braquet car la pente devient très raide. Le sentier s'élève le long d'une arête, parfois dans une steppe herbeuse, parfois dans des cailloux volcaniques instables. Nous souffrons un peu sur cette échine où le soleil cogne dur. Nous croisons d'autres promeneurs, quasiment tous français, et profitons de l'occasion pour discuter avec eux et faire des pauses. Un ultime monticule herbeux et nous débouchons sur le sommet sud.
La vue est tellement sensationnelle depuis cette antécime que l'on pourrait largement s'en contenter. C'est ce que choisit de faire Aurélie, à l'instar de l'immense majorité des randonneurs. Pour ma part j'ai à cœur d'atteindre le véritable point culminant qui s'élève un peu plus au nord. Pour y parvenir j'effectue un parcours très aérien, mais finalement guère difficile. En me tenant à distance raisonnable du précipice oriental, et en suivant une sente discrète, je rejoins la pointe terminale. J'escalade cette dernière au mieux, en restant bien concentré, car le rocher volcanique a une fâcheuse tendance à se décomposer. J'atteins ainsi le Pico da Antónia (1394 m), toit incontesté de l'île. Je profite alors d'un panorama merveilleux à 360° sur les reliefs sauvages de Santiago, au pied desquels sont blottis de petits hameaux. Une perspective qui procure une impression particulièrement intense, celle du caractère africain et aride du Cap-Vert.
Retour prudent par le même itinéraire. La remontée au Monte Tchota n'est pas de tout repos, mais une fois là-haut nous pouvons conclure cette randonnée du vertige, quitter le parc naturel de Rui Vaz et Serra de Pico da Antónia, et revenir vers la capitale.
Jour 3 : Détente sur le "Plateau"
Bien rincés par la randonnée de la veille qui fut plus sportive que prévu, nous choisissons aujourd'hui de nous reposer et de visiter le centre historique de Praia. Un endroit connu sous le nom français de "Plateau", ou "Platô" en créole cap-verdien. On y trouve les bâtiments publics, le palais présidentiel, ainsi que plusieurs églises, musées et restaurants. A vrai dire c'est la seule zone à posséder des infrastructures modernes, tandis que les autres quartiers n'ont pas connu un tel développement.
Grâce à sa position surélevée en bord de mer ce secteur était facile à défendre face aux attaques de pirates, ce qui lui donnait un avantage sur la vieille ville de Cidade Velha. Ainsi, il prit le pas sur l'ancienne capitale et devint le siège du gouvernement colonial en 1770. Voilà pour la petite histoire.
Jour 4 : Plutôt mer ou montagne ?
Nous avons bien exploré la moitié sud de l'île de Santiago. Il faut désormais découvrir la partie nord, qui n'est pas en reste, car là-bas aussi il y en a pour tous les goûts. Deux sites en particulier suscitent notre intérêt : la Serra Malagueta pour la randonnée, et le village de Tarrafal pour sa plage.
Le trajet en voiture vaut à lui seul le déplacement : on passe dans de minuscules villages où se bousculent les écoliers en uniforme et les femmes portant de lourdes charges en équilibre sur leurs têtes. Nous traversons ainsi toute l'île, en passant par Assomada et en franchissant plusieurs cols. Une ultime montée et nous nous garons enfin dans la Serra Malagueta, après une bonne heure de route sinueuse.
Nous nous dirigeons tout d'abord vers le centre d'accueil du parc naturel, légèrement en contrebas du parking, afin de s'acquitter des modestes droits d'entrée (2 euros par personne). Ensuite nous débutons notre randonnée sur un confortable chemin pavé. La végétation qui nous entoure est abondante, ce qui nous protège un peu des ardeurs du soleil. Il existe une multitude d'itinéraires dans le secteur. Nous avons choisi celui qui passe sur les hauteurs, ce qui nous permet de jouir de vues très étendues, en particulier lorsque le sentier rejoint la principale ligne de crête.
Les escarpements de la Serra Malagueta
Nous progressons tranquillement vers l'est, en gagnant doucement de l'altitude. Chaque pause est l'occasion de profiter d'un splendide décor. C'est d'ailleurs ce qui fait la réputation de ce massif montagneux d'origine volcanique : la variété de ses paysages, verdoyants côté nord, et arides côté sud. Le contraste entre les deux versants est véritablement saisissant. Bien plus bas de minuscules habitations sont nichées dans le creux de profondes vallées, et on peine à imaginer le quotidien des villageois dans des endroits si reculés. Nous sommes frappés par cette nature à la fois hostile et envoûtante, foyer de nombreuses espèces endémiques, animales comme végétales. Décidément, tout est réunit ici pour faire de ce lieu un incontournable de la randonnée au Cap-Vert !
Une fois atteint le point culminant de la Serra Malagueta (1064 m) nous rebroussons chemin et, en optant pour une jolie variante à flanc de colline, revenons à notre point de départ.
Après cette balade panoramique nous reprenons la route vers le nord, en direction de Tarrafal. Le centre-ville abrite de magnifiques bâtiments hauts en couleurs, décorés de graffitis à la mode "street art". Mais cette municipalité est surtout connue pour sa plage d’eau turquoise et de sable blanc, parfaite pour se prélasser. Ce que nous ne manquons pas de faire, et cela tout le reste de la journée, estimant que c'est amplement mérité.
Jour 5 : Chã, ou la vie dans le ventre d'un volcan
Dès notre sortie de l'aérodrome de São Filipe, un chauffeur nous fait signe. Nous montons dans son pick-up et prenons immédiatement de la hauteur, ce qui n'est guère surprenant car le volcan occupe la quasi-totalité de l'île. Après avoir traversé plusieurs villages nous nous élevons jusqu'à l'entrée de la caldeira. C'est l'endroit idéal pour un arrêt photo, car devant nous vient d'apparaître soudainement le Pico do Fogo, sous la forme d'un cône parfait. Nul doute qu'une fois les yeux rivés sur cette montagne hors du commun, tout randonneur se posera la question de son ascension !
Le Pico do Fogo vu depuis le village de Portela
Qui peut se targuer de toiser l’océan Atlantique sans le craindre, sinon un stratovolcan actif depuis plus de 20 millions d’années ? Impossible d'arpenter les plus beaux paysages du Cap-Vert sans rendre visite à sa majesté le Pico do Fogo. Loin de n'être qu'une simple montagne à observer, ce volcan, le dernier encore actif de l'archipel, se vit de plus près. Alors nous sautons dans un avion pour nous rendre en un éclair sur l'île voisine, Fogo, une autre des îles du sud dites "sous le vent".
Nous roulons désormais entre les anciennes coulées de lave, sur une route pavée de basalte. Un accès qui fut détruit lors de la dernière éruption en date, remontant à 2014, si bien qu'une voie de contournement a été créée. Nous atteignons finalement le village de Portela, blotti au beau milieu de la caldeira.
Malgré cela je peux vous assurer qu'à Portela, en dépit de l'évidente âpreté du quotidien, il y a de la vie : une école, deux églises, plusieurs commerces et hôtels-restaurants. Les locaux vivent essentiellement du tourisme, mais également de l'agriculture. Car oui la terre volcanique est plutôt prodigue : on peut y faire pousser des arbres fruitiers, des céréales, de la vigne... C'est ainsi que depuis plus d’un siècle, malgré les éruptions et l’isolement, les habitants s’accrochent aux parois abruptes du Fogo et vivent dans un bout du monde aux allures de lune noire, le centre de l’ancien cratère : la caldeira.
En fin d'après-midi nous rencontrons Pirinha, notre guide pour l'ascension du lendemain. Il fait partie de ces quelques 700 irréductibles qui bravent tous les risques en habitant là, envers et contre tout. Il nous donne quelques recommandations avant de nous saluer. Nous dînons ensuite dans un restaurant voisin, tenu par une Française, avant de rentrer vers notre hébergement. Lequel a un charme sans pareil. En effet il s'agit d'un "funco", une petite habitation traditionnelle circulaire. Elle est constituée de pierres de lave superposées, d'un toit conique, et ne comporte généralement qu'une seule pièce.
C’eût été pure folie de revenir vivre ici, pensons-nous. Et pourtant c'est ce qu'ils ont fait. Très attachés à leurs terres, les habitants sont revenus l'année suivante pour recontruire le village exactement au même endroit. Certains ont creusé pour accéder à leur ancienne maison, qu’ils ont vidée de la lave et qu’ils occupent de nouveau, comme un habitat troglodytique. D’autres ont reconstruit par-dessus, les toits des maisons ensevelies servant désormais de fondations.
Ce fut le cas en 2014, lorsque Portela fut enseveli sous une coulée de magma en fusion. Les habitants eurent le temps de fuir, car le Fogo annonce toujours ses colères par des secousses, mais ils perdirent le peu qu'ils possédaient. Pendant ces jours et ces nuits rouges ils virent la lave, en bulldozer des enfers, calciner les cultures, brûler les portes et les vitres avant de s’engouffrer dans leurs maisons. De cette catastrophe on peut observer ça et là des vestiges insolites. Par exemple des cônes blancs flottant au-dessus du champ de lave : les toits des maisons englouties. Ou encore un triangle de béton dépassant du sol : ce qu'il reste de l'église catholique.
Nous pénétrons dans la Chã das Caldeiras, cet immense chaudron large de 9 kilomètres, ceinturé à l'ouest par la "bordeira", un rempart montagneux très escarpé, et occupé au centre par le cône volcanique. Côté est, le rebord est absent et la caldeira est ouverte sur l'océan Atlantique, ce qui permet d'ailleurs le passage des véhicules.
Et ça, il faut le voir pour le croire : des gens ont choisi de vivre ici ! Ils ont contruit leurs habitations sur la lave refroidie, juste au pied de l'impétueux volcan, liant intimement leur destin à celui du "grand homme", comme ils le surnomment. A tout moment une éruption peut se produire et détruire le village.
6h. Réveil au chant du coq et départ au point du jour, afin d'éviter les heures les plus chaudes. Nous retrouvons Pirinha et traversons dans la pénombre le village encore endormi, sous une jolie voûte étoilée. L'ascension débute en douceur sur une piste qui longe les plantations. Nous crapahutons dans la cendre, discutant avec notre guide entre deux souffles. Assez vite le jour se lève et dans notre dos s'éclaire la bordeira, cette falaise ocre et haute de 1000 mètres qui se dresse au-dessus de Portela. Sur cette paroi se dessine une silhouette pyramidale. C'est l'ombre du Fogo qui, même quand on lui tourne le dos, nous rappelle qu'il est là.
C'est João, notre hôte, qui nous ramène vers l'aérodrome de São Filipe. Puisqu'il parle un excellent français nous en profitons pour en apprendre davantage sur son mode de vie, avant de lui faire nos adieux. Ainsi se termine notre séjour enchanteur au Cap-Vert, cet émiettement d'îles arides et venteuses. Un archipel qui présente une grande originalité en ce sens qu'il est le fruit d'un métissage culturel réussi : géographiquement africain et historiquement portugais.
Jour 7 : On a marché sur la Lune
Jour 6 : Traversée du Pico do Fogo (2829 m)
Une fois arrivés au pied du cône géant, les choses sérieuses débutent. La pente se redresse nettement et à partir d'ici l'ascension, bien qu'elle n'ai rien de difficile techniquement, requiert une bonne forme physique et un pied sûr. Nous nous élevons avec le son des grumeaux de pierres poreuses et abrasives qui s’effritent sous nos pieds. D'autres groupes de randonneurs nous emboîtent le pas. Dans cet effort long et monotone, Pirinha nous octroie un peu de répit en faisant des pauses fréquentes. C'est l'occasion de s'hydrater tout en profitant du paysage qui s'élargit au fur et à mesure que nous gagnons de l'altitude. L'océan Atlantique n'est toutefois pas visible, il est dissimulé sous une épaisse couche jaunâtre. C'est la "bruma seca", pas vraiment un brouillard, mais plutôt un vent qui amène la poussière du Sahara.
Tout schuss vers la caldeira !
Après 3 bonnes heures de montée nous atteignons le bord du cratère. Le monstre nous présente enfin sa gueule avec quelques fumerolles entre les dents. On pourrait penser que la menace est juste sous nos pieds, mais que nenni, car dans les entrailles d'un volcan assoupi la lave se terre à plus d'une centaine de kilomètres de profondeur.
Pour accéder au point culminant il faut escalader une rampe d'une vingtaine de mètres, équipée comme une petite via ferrata. Rien de bien compliqué mais le passage est exposé, alors mieux vaut s'agripper au câble. Encore quelques mètres supplémentaires et ça y est, nous voilà sur le Pico do Fogo (2829 m), le toit du Cap-Vert !
La récompense est là : sous nos yeux s'étend un panorama homérique mêlant le bleu azur du ciel et les teintes sombres de la caldeira. Notre regard plonge dans ce gigantesque cendrier aux mille nuances de noir : charbonneux pour les coulées récentes, brunâtre pour les plus anciennes. Comment ne pas s'émerveiller devant cet océan rocailleux aux flots ébènes, comme figés en pleine tempête ?
Puisqu’il n’y a plus rien à grimper nous attaquons la redescente du volcan. Elle s’effectue sur le flanc ouest et comprend une étape que nous attendions avec impatience : la pouzzolane, une couche de gravillons sablonneuse qui s’étend sur 500 mètres de dénivelé. Nous dévalons cette pente en courant joyeusement, comme des gamins. C'est une sensation grisante que de "surfer" dans ce cadre somptueux. Et ce malgré le fait que cette pouzzolane s'infiltre partout, notamment dans nos chaussures. Pirinha, en habitué des lieux, a enfilé des guêtres. Le futé !
Enfin, nous serpentons fourbus entre des dunes volcaniques, avec les habitations en ligne de mire. Nous observons au passage d'étonnantes concrétions de lave plissée, ridées comme une peau d'éléphant. Peu avant d’arriver au village nous nous retournons pour observer la bête endormie (du moins pour le moment) que nous avons mis une bonne partie de la journée à gravir. Nous remercions chaleureusement notre guide, vidons les trois kilos de sable noir qui se sont accumulés dans chacune de nos chaussures, puis retrouvons l'humble confort de notre funco. Cette randonnée fut véritablement intense, aussi bien dans l'effort que dans les émotions procurées !
Au bout de cette folle dégringolade nous arrivons directement sur le petit cratère du Pico do Inferno (2070 m). Au pied du colosse, on le remarque à peine. En fait ce n'est qu'un bébé volcan, avec sa bouche colorée d’oxydes jaunes et rouges. Mais ne vous laissez pas attendrir : c'est lui le coupable de la dernière catastrophe ! D'ailleurs depuis cet endroit on peut observer la rivière de lave refroidie qui s'écoule jusqu'à Portela. Encore une fois, le tableau est de ceux qui laissent sans voix.
Les heures qui suivent ne sont guère intéressantes car nous les passons dans les transports. Vol retour vers Praia, puis vers Lisbonne, où nous atterrissons au petit matin. Avec 12 heures d'escale au programme, nous décidons d'en profiter pour visiter la capitale portugaise.
Jour 8 : Balade à Lisbonne
Avec un pincement au cœur nous quittons ce décor unique au monde, jetant un ultime regard sur le cône géométrique du Fogo, sur le colossal hémicyle de la bordeira, et sur le plancher de la Chã das Caldeiras : chaotique, sombre, carbonisé comme le fond d'une marmite oubliée sur le feu. Outre ce stupéfiant spectacle de désolation nous garderons longtemps en mémoire le village de Portela où des habitants déterminés vivent une existence aux antipodes de la nôtre. Une existence empreinte de saudade, ce sentiment mélancolique et nostalgique merveilleusement chanté par Cesária Évora, sur un air suave et plaintif.
La Tour de Belém, sur la rive du Tage
Nous commençons par la célèbre Tour de Belém, un bâtiment emblématique de la ville. Il s'agit d'une superbe forteresse située à l'embouchure du Tage, bâtie il y a plus de 500 ans pour défendre Lisbonne contre les navires ennemis. L'intérieur du fort est plutôt vide et austère, surtout en comparaison avec l'extérieur qui est richement orné.
Pas loin de là se dresse le Padrão dos Descobrimentos, un gigantesque monument symbolisant une caravelle, érigé à la mémoire des navigateurs portugais du 15ème siècle qui s'aventurèrent en dehors du monde connu.
Tout près se trouve le monastère des Hiéronymites, chef-d'œuvre de l'architecture manuéline. Un style exubérant qui a figé dans la pierre l'âge d'or du Portugal, celui des grandes découvertes et des explorateurs. L'immense édifice est décoré de motifs maritimes et abrite le tombeau de Vasco de Gama.
Enfin, nous nous dirigeons vers la Baixa qui constitue le cœur historique de Lisbonne. Entre les places du Commerce et du Rossio nous arpentons les rues piétonnes animées qui sont bordées de restaurants traditionnels de poissons et fruits de mer, ainsi que de boutiques de souvenirs. Puis nous prenons un peu de hauteur dans le quartier Alfama et rejoignons le Castelo de São Jorge, depuis lequel la vue embrasse les bâtiments aux tons pastel de la vieille ville, l'estuaire du Tage et le pont suspendu du 25 avril.
Retour à l'aéroport pour l'unique couac du périple. Notre avion décolle avec 3 heures de retard, ce qui au fond n'a rien d'anormal pour nous qui avons fait de la poisse aérienne une marque déposée. Mais attendez, la suite est plus inattendue : une fois en vol, une passagère fait un malaise et nous sommes contraints de faire demi-tour. Dommage, on se voyait déjà à la maison pour prendre les enfants dans nos bras... Bref, Lisbonne, nous revoilà ! La compagnie nous offre gracieusement une nuit supplémentaire dans la capitale portugaise, avant de nous ramener en France le lendemain, pour notre plus grand plaisir !
En se promenant dans les ruelles du village on comprend vite qu'ici, encore plus que dans le reste de l'archipel du Cap-Vert, l'hostilité du milieu a fait de la survie de ses habitants un perpétuel combat contre les fureurs du volcan, mais aussi contre l'aridité et la famine. L'accès à l'électricité et l'approvisionnement en eau sont encore aujourd'hui des problèmes majeurs. "Ce n'est pas un endroit pour faire grandir vos enfants" leur a même dit le gouvernement.